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La critique de l'usager
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« L'ÉTRANGE HISTOIRE DE BENJAMIN BUTTON » Très bonne tragédie baroque de David Fincher. Étrangement, nous arrivons difficilement à éprouver beaucoup d’empathie pour Button (Brad Pitt), cette victime de la nature. À sa naissance, il appartient davantage à la catégorie des phénomènes humains d’apparence indésirable qu’à celle des bébés désirés. D’où l’immense tristesse de l’histoire. Et cette première image de Button s’imprègne en nous avec une telle force que nous ne pourrons plus l’effacer, quelle que soit l’apparence de l’homme en rajeunissant ‘physiquement’. Cela pour la bonne raison que nous sommes totalement incapables de nous identifier à lui comme étant humainement conçu, même avec toutes les prouesses technologiques et artistiques déployées par l’univers fictif hollywoodien. Et, bien que la cinématographie, le scénario et le montage soient excellents, la présence incongrue de cette affreuse image s’incruste et demeure en nous. Notre raison l’emporte sur nos sentiments et nous empêche de trop nous attacher à cette atypique créature. Aussi, les quelques relations étroites ou intimes de Button avec les personnages qu’il croise au cours de sa vie n’arrivent-t-elles pas à vraiment nous émouvoir au-delà d’une curiosité plus intéressée qu’intéressante. Une amitié profonde, une histoire d’amour réelle, durables…? Impossibles dans son monde qui n’est celui de nul autre! Il devient la chimère grecque de l’histoire. Naître et être élevé dans un milieu funeste, entouré de vieillards et de mourants n’a rien de réjouissant, rien pour préparer à une vie optimiste, heureuse. Brad Pitt offre une excellente performance, empreinte de gravité, tendresse et fatalisme. Cate Blanchett est aussi très bonne dans un rôle moins exigeant. Certains rôles secondaires sont aussi intenses, humains, en apportant une certaine profondeur au film par leurs propos, leur philosophie de la vie. Film qui procède de techniques classiques archiconnues et surutilisées au cinéma : retours, maquillages à effets progressifs et autres voyages dans le temps… Ces techniques cinématographiques sont depuis belle lurette associées au fantastique, à la fantaisie, la comédie musicale, la science-fiction, l’horreur... Qui d’entre nous n’a pas vu la transformation d’un homme en loup-garou, singe, extraterrestre, fantôme et monstres de tout acabit? Il ne s’agit pas d’horreur ici, mais d’horrible. De l’horrible karma d’un homme qui doit vivre, sinon ‘revivre physiquement’, une vie à contresens de toute logique et de l’existence même. Effroyable projection! Sur le plan technique, on a fait aussi bien, sinon mieux et souvent par le passé. N’oublions pas que le maquillage est le plus vieil art d’Hollywood. Rien donc à ajouter sur ce volet sinon que les maquillages y sont effectivement excellents. Le déroulement du film peut aussi être vu comme la longue et mouvementée histoire d’un homme ponctuée de plusieurs rebondissements et péripéties : une saga en fait. Vu sous cet angle, chacun des tableaux illustre une partie spatiotemporelle de la vie de Benjamin Button. Chaque tableau, en tant que tel, raconte une petite histoire, toujours d’une façon très classique. Tantôt une conversation, tantôt une idylle, une aventure, tantôt en mer, dans un foyer de retraités… Le film est une réussite en tout et pour tout dans le genre fantastique. On n’en sort peut-être pas le cœur léger mais la magie hollywoodienne continue d’opérer.
8/10 21.2.2009 -
harar@ - âge: 50+
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